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« Au lieu d’acheter des pagnes pour les femmes chaque année qu’on trouve pour elles des foyers améliorés pour faire face aux changements climatiques…»

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Le 8 Mars de chaque année, les femmes du monde sont célébrées. Représentant plus de la moitié de la population mondiale selon les statistiques, les femmes sont plus que jamais incontournables pour le développement socio-économique des nations. Un développement qui ne saurait être effectif sans un environnement protégé et durable.

Pour en parler, Idiatou CAMARA a rencontré une passionnée de la chose environnementale. Aissatou Billy SOW est  Chercheure en environnement, énergie et genre, elle travaille sur les questions environnementales et particulièrement sur les d’énergies et le biogaz.

Titulaire d’un Un master en Sciences physiques à l’université de Roumanie,  Billy SOW est très active dans la société civile. Présidente de l’Association Guinéenne pour les énergies renouvelables, elle est également la Secrétaire Générale du Réseau Africain des Femmes Scientifiques et ingénieures.

L’environnement, sa passion pour la nature et le combat qu’elle y mène au quotidien, la promotion des femmes dans les instances de décision, ou encore la solidarité féminine sont autant de questions abordées dans cet entretien à bâtons rompus.   

Dites-nous d’où est venue cette passion pour l’environnement ?

Je dois dire que rien ne me prédestinait à cela en toute sincérité. Mon papa voulait que je fasse la médecine après le lycée où j’ai fait l’option maths physique.

Après donc le lycée, je suis parti aux iles Seychelles pour des raisons de famille, l’unique centre de recherche préparait des cadres et techniciens sur les énergies renouvelables, et le bio gaz. Les iles étaient déjà menacées en 1984, les autorités avaient à cette époque optées pour les énergies renouvelables, pour faire face à la situation. Pendant les 5 ans  j’ai beaucoup travaillé sur ces énergies, la cuisine et le séchage solaire également.

C’est vraiment un fait du hasard, comme je viens de dire mon papa voulait que je fasse la médecine ou la pharmacie. La Pharmacie que j’avais commencé en Roumanie, mais j’avais du mal à supporter les odeurs des produits, des médicaments, donc papa s’est résigné finalement à me laisser faire ce que je voulais. C’est ainsi que j’ai choisi les sciences physiques qui pouvaient m’amener à la nature. Ma thèse portait d’ailleurs sur les chlorophylles. Voilà comment j’y suis arrivée et c’était très intéressant.

En général, ce sont des options traditionnellement réservées aux hommes, les sciences ?

Oui c’est vrai ce que vous dites mais en Roumanie par exemple quand j’y étais en tous cas, il y’avait plus de femmes que d’hommes dans ma faculté. Je profite d’ailleurs de votre micro pour encourager les filles à opter pour les branches scientifiques. Car je pense que l’avenir se trouve dans les sciences, et il y’en a tellement d’opportunités pour elles, les bourses et les accompagnements diverses.

La dégradation de l’environnement ne vous a-t-elle pas guidée dans votre passion ?

Bien sûr que si, la dégradation de l’environnement interpelle chaque conscience citoyenne. L’accès aux énergies électriques, et la dégradation du couvert végétal avec la coupe du bois, l’utilisation abusive du charbon de bois, tout cela ne me laisse pas indifférente, et vous savez que tous ces facteurs contribuent malheureusement au réchauffement climatique. Donc, je me dis que je dois intervenir et d’apporter ma petite contribution pour la protection de notre environnement, ce, pour les générations présentes et futures.

Billy SOW, pour vous le combat pour la protection de l’environnement peut-il se gagner sans la participation des femmes ?

Non c’est impossible et même impensable. Prenez les statistiques, en Guinée elles sont  plus de 52 % de la population, et on est au tour de ce chiffre dans tous les pays Africains. Cela signifie que si cette partie de la population n’est pas prise en compte, ne contribue pas à la préservation de l’environnement,  tous les efforts seront vains.

Ensuite, parlant de l’agriculture durable, on parle de 70 à 80 % des femmes rurales qui évoluent dans le secteur agricole. Donc si ces femmes sont exclues, la sécurité alimentaire est menacée, et elles ne pourront plus nourrir la famille. C’est dire que la sécurité alimentaire sera menacée et la pauvreté ne sera pas combattue.

Dans la médecine traditionnelle aussi, ces femmes tirent l’essentiel des produits des plantes, donc si cet environnement est menacé, elles ne pourront plus travailler et subvenir aux besoins de la famille. C’est dire que les femmes sont incontournables et indispensables dans la protection de l’environnement et la promotion d’un monde durable.

Les femmes sont promues dans les instances de décision en Guinée, est-ce une avancée pour vous ?

Bon je ne dirai pas qu’elles ne sont pas promues à des postes, mais c’est très insignifiant à mon sens. Vous savez, il m’arrive d’écouter les décrets à travers la radio et la télévision, mais sincèrement je suis tout le temps déçue. On nomme trop peu de femmes, et tous ces hommes qui sont nommés ils ne sont pas tous compétents.

Ensuite il s’agit pas d’êtres ministres, moi mon combat c’est ailleurs, je pense et elles ont le droit d’être nommées comme chefs de division, chefs de section, directrices de cabinet, pour l’instant on est loin du compte.

Vous travaillez actuellement sur votre thème de doctorat, vous n’êtes pas fatiguée d’étudier ?

Sourire, non pas du tout. Vous savez c’est pour moi un défi personnel. Quand je vois tous ces Messieurs qui passent devant, je me dis qu’ils n’ont aucun mérite plus que moi, et au niveau de l’enseignement supérieur, certes les deux Ministres qui se sont succédés font des efforts dans ce cens, mais il y’a toujours très peu de femmes.

La célébration du 8 mars représente quoi pour vous ?

Je pense qu’on doit se mobiliser, s’engager davantage, pour réclamer nos droits. Pour ce qui est de l’environnement, nous devons mettre cette journée à profit pour éveiller les consciences sur les changements climatiques, à travers des actions d’atténuation. Il ne faut pas continuer à seulement danser et chanter à ces occasions, il faut aller au-delà.

Un exemple concret et simple, au lieu de donner des uniformes aux femmes, qu’on les trouve un foyer amélioré, cela contribuerait à non seulement économiser le charbon de bois mais également à limiter le réchauffement climatique. Une autre chose, si on demandait à chaque 8 mars de planter un arbre, imaginez ce que ça peut faire.

Il faut aussi et surtout que nous soyons solidaires entre nous, et j’interpelle à ce niveau les femmes leaders, parce que pour l’instant, la solidarité féminine manque et handicape les efforts de développement.

Je vous remercie et vous encourage pour tout ce que vous faites pour la protection de l’environnement, nous sommes disposés à vous accompagner dans ce combat qui n’est pas facile à mener, mais qui n’est pas impossible.

                                                                                         Idiatou CAMARA

 

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