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Le Programme PAGE pour une meilleure gouvernance environnementale en Afrique de l’Ouest entretien exclusif avec Maxime SOMDA

 La rubrique « invité » de Radio Environnement Guinée reçoit dans ce numéro le Coordinateur Régional du Programme Partenariat pour la Gouvernance environnementale en Afrique de l’Ouest à l’UICN-PACO. Dans un entretien à bâtons rompus, Maxime SOMDA s’est exprimé sur plusieurs sujets en relation avec les mécanismes de financement, la contribution de l’UICN à ce processus.

Il est également question de la nécessité pour les organismes de bassins transfrontaliers de renforcer leurs capacités techniques et opérationnelles et de la coordination des efforts de cet autre « poumon de l’économie » des pays de la sous-région, ou encore du choix de la Guinée pour abriter l’atelier de renforcement des capacités des organismes de bassins transfrontaliers pour un financement durable qui vient de prendre fin à Conakry.

Un entretien réalisé par Idiatou CAMARA

 

  1. Maxime SOMDA présentez-nous le programme PAGE, ses objectifs et ses missions

Le programme «Partenariat pour la gouvernance environnementale en Afrique de l’Ouest (PAGE) » est une initiative régionale mise en œuvre par le Programme Afrique Centrale et Occidentale de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN-PACO) en collaboration avec ses partenaires. Il vient en appui aux politiques environnementales en Afrique de l’Ouest. Je précise que c’est un programme régional de cinq ans, qui vise l’amélioration des conditions de vie des populations d’Afrique de l’Ouest grâce à des politiques et un cadre institutionnel environnemental renforcé. Son financement est assuré par l’Agence suédoise pour le développement international Asdi sur une période de cinq ans (2014 – 2018).

Le programme PAGE est mis en œuvre en Afrique de l’Ouest, notamment dans les bassins de la Volta, du Niger, du Sénégal et du Mono. Il est construit sur les acquis et les partenariats de l’Initiative pour la réduction de la pauvreté et la gestion de l’environnement (PREMI) et d’autres programmes de l’UICN-PACO en Afrique de l’Ouest, en vue d’une meilleure mise en œuvre des politiques environnementales, le renforcement des capacités des acteurs et une gouvernance plus ouverte des ressources naturelles.

 

 

Quels sont les axes d’intervention  du Programme?

Pour agir, nous avons une équipe basée à Ouagadougou pour la région Afrique de l’Ouest, une équipe de projets en Guinée dans la savane à Kankan précisément et des points focaux au niveau des organismes de bassins versants. Nous intervenons de manière coordonnée sur cinq axes spécifiques.

Premièrement, la mise en place de la GIRE en Afrique de l’Ouest. Dans ce cadre, le PAGE ambitionne d’apporter une contribution à la dynamique en cours en impliquant davantage les usagers dans la gestion de l’eau et en permettant au Centre de Coordination des Ressources en Eau (CCRE) d’affirmer son leadership dans la coordination de la politique régionale des ressources en eau en Afrique de l’Ouest, en particulier dans les bassins de la Volta, du Sénégal, du Niger et du Mono.

Ensuite, il y’a la prise en compte de la dimension environnementale dans la gestion des bassins. Cela se traduit à travers le développement de passerelles pour des échanges d’expériences et de bonnes pratiques. Le PAGE facilite par ailleurs le rapprochement des acteurs, notamment les universitaires, les praticiens, les media, les décideurs et les leaders d’opinion. Le troisième axe c’est la Gestion durable des biens et services générés par les écosystèmes à travers l’amélioration de la santé des écosystèmes et l’augmentation des biens et services qu’ils rendent directement aux systèmes de production des sociétés locales. Une manière pour les communautés de renforcer ainsi leurs ressources et leurs capacités pour faire face aux changements climatiques.

S’agissant des changements climatiques justement, la prise en compte de l’adaptation au phénomène dans la planification du développement apparaît aujourd’hui comme un impératif pour les décideurs politiques à toutes les échelles administratives. Des outils sont développés à cet effet, tels que la trousse à outils pour la planification, le suivi-évaluation des capacités d’adaptation (TOP-SECAC). Pour répondre à cet impératif, il est nécessaire de disposer dans chaque pays d’une masse critique d’experts formés, d’où le  soutien par le PAGE de la création de cette expertise. Enfin il y’a la restauration des écosystèmes dégradés. Face à cette situation, le PAGE mène des actions pour atténuer l’élan de dégradation en cours et instaurer des systèmes de gestion durable des écosystèmes naturels aujourd’hui fortement dégradés dans l’espace ouest-africain. Voilà nos axes d’intervention pour répondre à votre question.

Vous étiez récemment à Conakry pour un atelier de 3 jours sur les Organismes de bassins transfrontaliers, dites-nous de quoi il s’agissait ?

C’était une formation axée sur le partage des expériences entre les organismes de bassins dans la sous-région, discuter des problèmes qu’ils ont et identifier ensemble les solutions qui s’imposent. Je dois rappeler que L’objectif, c’est de protéger les ressources en eau.

Il ressort de ces journées de travaux enrichissants, l’existence des différences entre les organismes de bassins et du besoin de renforcement de capacités des acteurs, sans occulter la nécessité de coordination des efforts. Je pense que nous sommes arrivés à atteindre ces objectifs de départ et les participants semblent mieux outillés aujourd’hui.

Mais pourquoi avoir choisi Conakry  pour abriter cet atelier ?

Bonne question, le choix de Conakry pour abriter cet atelier n’est pas un hasard. En effet la Guinée vous le savez, est dotée par la nature de nombreuses potentialités hydriques, miniers et énergétiques, c’est peut-être à juste raison qu’on lui attribue le nom de « scandale géologique ».

Plusieurs grands fleuves de la sous-région prennent leurs sources en Guinée, je veux citer le fleuve Sénégal, le fleuve Niger, le fleuve Gambie. Le pays compte 1062 cours d’eaux répertoriés par le ministère en charge de l’environnement. La Guinée c’est aussi le plus grand nombre d’organismes de bassins partagés avec les autres pays, dont des bassins transfrontaliers. A rappeler que des cinq organismes de bassins existants, trois passent par la Guinée. Donc qu’il s’agisse de la coopération dans le secteur de l’eau, de la gestion de la ressource, de la planification ou encore de la résolution des conflits liés à l’eau, la Guinée doit-être intéressée en premier.

Revenons aux mécanismes de financements justement que pouvez-vous nous dire à propos ?

Il n’y en a pas beaucoup je dois dire. Les principaux mécanismes sont les contributions des Etats parties, ensuite viennent les prêts et subventions obtenus avec les partenaires financiers. Théoriquement, ces Organismes devaient fonctionner avec des mécanismes innovants qui pérennisent ces ressources. C’est pourquoi il y’a des redevances comme les principes  « pollueur-payeur » et de « préleveur-payeur ». Ce sont des mécanismes qui obligent tous ceux qui bénéficient de la ressource à contribuer à sa protection dans la perspective d’un développement intégré et durable.

A présent dites-nous quelle est la part contributive de l’UICN dans ce mécanisme de financement ?

Il s’agit principalement de l’appui technique et financier mais aussi des plaidoyers et  lobbying quand cela s’avère nécessaire. Donc il faut que les efforts soient conjugués, que les moyens techniques et financiers soient disponibles et que les expériences soient partagées pour un développement harmonieux de ces organismes de bassins transfrontaliers.

Il y’a aussi que dans la plupart des Organisations notamment Etatiques, les cotisations ne sont jamais payées à temps, ce qui engendre naturellement des difficultés pour leur fonctionnement, est-ce le cas dans les organismes de bassins transfrontaliers ?

Vous avez raison et c’est une grosse difficulté que nous rencontrons. Les cotisations ne sont pas toujours payées à temps. Il y’a souvent des arriérés ce qui met les organismes dans une position qui rend difficile leur fonctionnement. Donc il faudrait que les Etats membres revoient cette situation.

A part ces retards dans le payement des cotisations dont vous parliez à l’instant y’a-t-il d’autres difficultés au sein de ces organisations ?

Le déficit de formation des acteurs et la coordination des efforts sont également à prendre en compte si on veut assurer un meilleur fonctionnement de ces organismes. Donc il est nécessaire de collaborer ensemble pour produire de meilleurs résultats c’est ce que je pense.

A vous entendre on a comme l’impression que si ces organismes de bassins sont bien gérés, cela pourrait changer la vie des populations de  la sous –région ?

Tout à fait, on dit l’eau c’est la vie, donc si ces organismes de bassins sont bien gérés comme vous le dites, cela contribuera à améliorer les conditions de vie et d’existence des communautés et par conséquent, lutter contre la pauvreté dans ces pays dans la perspective d’un développement harmonieux et durable.

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