Share

Guinée Ile de Kaback une région menacée par la mer

Située à 110 kilomètres de la capitale Conakry, l’île de Kaback est l’une des neuf (9) communes rurales de la préfecture de Forécariah dans la basse Guinée. De par l’existence de vastes plaines rizicoles, ce bout de terre s’ouvrant sur la mer a longtemps vécu sur une économie basée sur l’agriculture, d’où son titre de grenier à riz. Malheureusement, un danger environnemental plane sur la zone avec la rupture de la ceinture de la digue de protection à quatre niveaux, menaçant ainsi l’existence des populations qui y vivent.

Une situation qui devrait interpeler les autorités en charge de l’environnement et l’ensemble des défenseurs de la chose environnementale.

Construite dans les années 60, une digue dont la ceinture mesurait 9.100 kilomètres, protégeait l’île de Kaback des fortes vagues marines. Cependant, depuis six ans, selon les autorités de la place, Kaback se fait entourer peu à peu par la mer dès la haute marée, sous le regard impuissant des Insulaires exposés au danger.

Dans cette région difficile d’accès qui relève d’un véritable parcours de combattant, la digue a lâché et les conséquences sont nombreuses. Pour sauver leurs vies, les habitants de Dembayah ont fui le village car la localité est pratiquement submergée par l’eau.

Après une première réparation effectuée durant deux ans par une société chinoise, la ceinture  qui mettait à l’abri l’île-grenier de Forécariah, n’a pas longtemps résisté aux fortes vagues. Il y a eu trois ruptures et plus précisément dans les secteurs de Bakyah, Bômôdyah et Bôssimyah-centre.

Djibril Camara, chef du secteur et ancien cultivateur nous a confié ceci: « à partir de la zone de Bakyah qui est foutue, l’eau s’infiltre en grande quantité dans Kaback. Dès la haute marée, nous vivons dans la peur, nous ne pouvons pas dormir car tu as la peur d’être submergé par l’eau et de te faire transporter ailleurs par le courant d’eau. Nul ne peut faire quelque chose lorsque la mer se dirige vers la ville et sans aide. Nous ne savons pas où aller. Nous serons obligés de quitter le lieu qui nous nourrit depuis l’enfance. »

L’eau, parfois, rentre dans le village et a atteint la hauteur des murs de l’école qu’elle frappe par sa force. Elle entoure aussi le centre de santé. Le peu de terre qui reste est occupé par nous les Insulaires. Par le passé, le riz, la pastèque, le gombo, la tomate et plusieurs types de légumes étaient récoltés là où nous sommes arrêtés mais aujourd’hui, la partie a été totalement submergée par l’eau de mer », a-t-il renchéri.

Pour le sous-préfet, Sékou Koyah Mara, la responsabilité de cette situation est partagée entre la nature et l’homme. « C’est la population qui coupe la mangrove et non une autre personne. C’est pourquoi je dis que la population a sa part de responsabilité, la nature aussi. L’aspect naturel s’explique par l’éclatement des glaces et chaque année, le niveau d’eau augmente. »

Des plaines rizicoles sont recouvertes par la boue, des plantations de légumes et même des bananeraies sont affectées par cette avancée de la mer comme l’a témoigné Bountou Sylla, ancienne cultivatrice. « Difficilement, nous arrivons à subvenir à nos besoins car nous sommes une population composée de cultivateurs à la base. Avec la mer qui rentre dans le village, nous avons perdu nos récoltes et beaucoup vivent de la pêche », dit-elle.

Baïlo Sow, chef adjoint du service environnemental de la préfecture de Forécariah, a quant à lui dénoncé une atteinte grave à l’environnement. Il s’est exprimé en ces termes « Les conditions trouvées sur place sont alarmantes et catastrophiques. Pour renforcer la digue, ils ont utilisé des palmiers naturels qui sont des essences protégées. La coupe abusive des palétuviers est en partie une cause de la rupture de la digue. D’après les paysans, toute la partie rizicole était dans le temps une forêt de mangrove. Ces palétuviers ont été détruits au profit des bois de chauffe et maintenant, ils vivent quotidiennement avec la peur d’une catastrophe.»

Des zones de salinisation font aussi partie du paysage. Et le plus triste, c’est que d’anciens bas-fonds rizicoles et de culture de légumes ont été aménagés en des fours de cuisson de sel après la remontée saline. « C’est notre source de revenu. Par semaine, nous arrivons à avoir quelques sacs de sel que nous revendons à des femmes qui quittent soit Forécariah, soit Conakry dans l’espoir de trouver dans nos mains ces sacs de sel à bon prix », nous a précisé M’Balia Soumah.
Sur la berge, l’on découvre aussi quelques poissons et de crabes morts. Et d’après les villageois, ce sont les victimes de la marée basse. Une situation qui mérite des recherches approfondies pour identifier les causes de ces morts étranges, mais également afin d’épargner ces nombreuses vies sur cette ile « grenier » à cause de la menace.

 

 

Laisser un commentaire