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Excision en Guinée la pratique a encore malheureusement de beaux jours devant elle

L’excision est une pratique traditionnelle qui a commencé depuis le temps de nos ancêtres. Interdite et réprimée en Guinée depuis plus d’une décennie, l’excision est encore fortement pratiquée dans le pays. Selon le rapport de l’EDS (Enquête démographique sur la santé), la Guinée pratique les mutilations génitales féminines à 97% devenant ainsi le deuxième au monde après l’Ethiopie.

Considérée comme une des pires formes de violence faites aux femmes, l’Etat, les ONG et d’autres institutions nationales et internationales comme le Ministère de l’Action sociale, de la promotion féminine et de l’enfance et l’UNICEF, se battent pour mettre un terme à toutes les formes de mutilations génitales féminines. Les campagnes de sensibilisation se  multiplient, sauf que sur le terrain, le constat reste alarmant surtout en cette période de vacances scolaires.

Mais c’est quoi l’excision dont tout le monde parle depuis la nuit des temps? Dr Bernard TONGUINO Gynécologue au CMC (Centre médico-communal de Ratoma) la définit comme étant une pratique qui consiste à faire l’ablation totale ou partielle des organes génitaux chez la jeune fille ou chez la femme. Selon lui, l’ablation a quatre étapes. « Le premier qu’il juge moins grave consiste à enlever une partie du clitoris. Le deuxième à l’enlever totalement. Le troisième mode consiste selon le spécialiste à enlever à la fois le clitoris et les petites lèvres et le dernier, le plus dangereux, consiste à non seulement enlever le clitoris, les petites lèvres, mais aussi à faire l’infibulation. »

Parmi les conséquences liées à cette pratique, il a dit ceci : « Nous rencontrons toujours des cas d’accouchement très compliqués avec des femmes excisées, telles que les déchirures, l’hémorragie causant des anémies sévères allant parfois jusqu’à la mort, sans oublier  les infections ou encore  des fistules ». Pire, selon plusieurs témoignages, l’excision est pratiquée dans plusieurs hôpitaux et Centres de santé de Conakry. Une situation que déplore Dr Bernard TONGUINO, gynécologue au CMC (Centre médico-communal de Ratoma).

Au cours de cet entretien, Dr TONGUINO a aussi  fustigé  le comportement de certaines sages-femmes qui se livrent à la pratique en ces termes : « Je pense que certaines de nos sages-femmes doivent se remettre en cause. Elles doivent cesser d’amener les petites filles, à leurs domiciles, pour les exciser.» Une lutte qui s’avère difficile, parce que selon lui, ces sages-femmes le font, pour de l’argent.

Et ce n’est pas tout, de la maternité de  l’hôpital Donka, au CMC de Matam, en passant par le Centre de santé de Ratoma, des femmes dénoncent certes l’atrocité de l’excision, mais elles pensent tout de même qu’il faut la maintenir, pour  plusieurs raisons.

La première, l’excision empêcherait les filles d’être perverses et frivoles. Pour les mêmes interlocutrices, les pesanteurs socioculturelles liées à la coutume et certains religieux en seraient l’une des causes. Pour d’autres encore, l’excision garantie la fidélité, la fécondité, la virginité des filles avant le mariage. La nouveauté, serait le fait que l’excision permettrait à des mamans de récupérer de l’argent des sérés (groupements féminins), et de bénéficier de certains avantages et autres privilèges.

Toutefois, quelques rares femmes interrogées ont promis de ne jamais exciser leurs filles. Selon des médecins, les régions de la Forêt  et du Foutah seraient les plus pratiquantes des mutilations génitales féminines en Guinée.

 

Vu que l’excision reste un problème national qui interpelle chacun, la Ministre de l’Action sociale, de la promotion féminine et même le Président de la République ont interdit publiquement l’excision et la loi aussi. Des observateurs estiment que la décision devrait être suivie par des mesures d’accompagnement et des sanctions sévères contre les réfractaires. Dr TONGUINO souhaite qu’on exige aux futurs mariés des certificats de non excision à la Mairie, avant toute célébration de mariage. Reste à savoir si son appel sera entendu.

 

 

Aminata Barry

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